Lorsque j’aborde ce qu’est l’autocompassion avec les personnes que j’accompagne, je suis surprise de leur réaction. Certaines personnes semblent plutôt frileuses à l’idée de développer davantage de bienveillance envers elle-même et d’autres expriment que ce sera mission impossible!
Pour quelles raisons est-ce qu’il est si difficile d’être bienveillant envers soi-même alors que cela parait beaucoup plus naturel de l’être pour les autres? De mon expérience, les personnes peuvent avoir le sentiment de devenir égoïstes en étant bienveillantes vis-à-vis d’elles-mêmes. D’autres m’ont déjà exprimé qu’avoir davantage d’autocompassion est associé à un « laisser-aller » ou une sorte d’apitoiement. Selon ces personnes, il parait préférable d’être plus « dur » vis-à-vis de soi-même pour avancer dans la vie et résoudre ses difficultés.
Or, l’auto-compassion n’est pas une manière de se laisser aller que du contraire. Et il est tout à fait possible de concilier une certaine exigence envers soi-même tout en étant bienveillant. En effet, la bienveillance et l’autocompassion sont des compétences que nous pouvons acquérir et non des dons qui nous sont transmis la naissance.
Dans cet article, je vais introduire ce concept et je vais également aborder les bienfaits que nous avons de développer davantage d’autocompassion dans notre quotidien.
Qu’est-ce que l’autocompassion?
L’autocompassion, en termes simples, consiste à se traiter avec la même gentillesse et la même compréhension que l’on offrirait à un ami cher. C’est un concept développé par Kristin Neff, psychologue à l’Université du Texas, qui définit l’autocompassion comme un ensemble d’attitudes envers soi-même, structurées autour de trois éléments clés.
Les trois composants clés
La bienveillance envers soi-même
Au lieu de se critiquer durement en cas d’échec ou de souffrance, l’autocompassion nous encourage à nous traiter avec douceur et compréhension. Il s’agit de reconnaître nos difficultés sans jugement, nous disant que ce que nous ressentons est valable et que nous avons le droit de nous sentir mal.
Ressentir de la bienveillance vis-à-vis de soi-même ne se résume pas à arrêter de se juger sévèrement. Elle consiste également à se réconforter comme nous pourrions le faire pour un ami dans le besoin. En prenant soin de soi comme nous le ferions pour un ami, nous ne sommes plus uniquement dans la position de celui qui souffre. Nous devenons celui qui procure du réconfort et celui qui en reçoit. Ainsi, devenir plus bienveillant envers soi-même, c’est aussi adopter une posture plus « active », celle qui apporte du soutien, face à une posture plutôt « passive » de celui qui souffre.
L’humanité partagée
La seconde composante clé de l’autocompassion est la reconnaissance que les autres peuvent partager une expérience semblable à la nôtre. Or, quand il nous arrive un malheur, nous sommes nombreux à penser que nous sommes le seul à souffrir. Nous pouvons alors avoir cette désagréable impression que les autres sont plus heureux. Ce sentiment est encore plus exacerbé aujourd’hui avec la présence des réseaux sociaux qui accentue cette comparaison.
Au lieu de se sentir isolé dans notre douleur, l’auto-compassion nous rappelle que nous ne sommes pas seuls et que tout le monde traverse des périodes difficiles. Cette prise de conscience peut nous apporter du réconfort et réduire notre sentiment d’isolement.
La pleine conscience
La pleine conscience implique de prêter attention à nos pensées et émotions sans chercher à les ignorer ou à les réprimer. L’auto-compassion nous invite à accueillir nos émotions, qu’elles soient agréables ou désagréables, avec un esprit ouvert et curieux, plutôt que de nous laisser emporter par elles. Cela nous aide à nous ancrer dans le moment présent et à mieux gérer nos réactions émotionnelles.
L’auto-compassion est une approche qui nous permet de faire face à nos défis avec plus de douceur et moins de jugement. Elle nous offre une réponse saine aux échecs, à la souffrance et aux moments difficiles de la vie.
Kristin Neff a développé une échelle qui permet d’évaluer son niveau d’autocompassion en reprenant les trois éléments cités ci-dessus ainsi que leur contraire à savoir l’autojugement, l’isolement et la suridentification. Je vous invite à aller passer ce test pour faire le point sur votre capacité à vous montrer doux avec vous-même. C’est le site officiel de Kristin Neff donc le questionnaire est en anglais. Si vous souhaitez passer le test en français sans à devoir le traduire vous pouvez le faire via ce site.

Les bienfaits de l’autocompassion
Les avantages de l’auto-compassion sont vastes et bien documentés par la recherche en psychologie. De nombreuses études ont montré que pratiquer l’auto-compassion peut avoir un impact positif sur notre santé mentale et notre bien-être général.
Renforcement de la résilience émotionnelle
L’autocompassion permet de réduire très fortement les niveaux d’anxiété et de dépression. Je peux l’observer avec les personnes que j’accompagne. Lorsqu’elles parviennent à avoir davantage de bienveillance pour elles-mêmes, cela veut également dire que leur partie autocritique prend moins de place. Le discours intérieur se trouve modifié et il y a moins de pensées du type « je ne suis pas à la hauteur ».
La résilience est notre capacité à faire face aux défis et à rebondir après des échecs. L’autocompassion nous aide à développer cette force intérieure en nous permettant de nous relever avec plus de facilité. En pratiquant l’auto-compassion, nous apprenons à voir les obstacles comme des opportunités d’apprentissage plutôt que comme des échecs définitifs.
Des études ont révélé que les personnes qui pratiquent l’autocompassion ont des niveaux plus faibles d’anxiété et de dépression. En remplaçant l’auto-critique par la bienveillance, nous créons un environnement intérieur plus apaisant, ce qui peut nous aider à mieux gérer les émotions difficiles. Par ailleurs, pratiquer l’auto-compassion semble également aider les personnes souffrant d’addictions et d’autres pathologies.
Renforcement sain et équilibré de l’estime de soi
Je trouve que l’autocompassion est une approche qui permet de renforcement sainement son sentiment de valeur personnelle sans tomber dans les dérives potentielles d’une haute estime de soi. Ce que je veux dire avec les dérives d’une haute estime de soi, c’est de développer l’idée erronée d’être mieux, d’avoir plus de valeur que son voisin. Cet état d’esprit nuit bien évidemment à ses relations et à soi-même et ce n’est pas ce que nous voulons.
L’autocompassion contribue à développer l’idée d’égalité et de connexion avec les pairs. Elle permet de renforcer de manière beaucoup plus solide et stable la valeur que l’on s’accorde en tant que personne. L’autocompassion permet de rester doux et bienveillant avec soi même en cas d’échec alors que les personnes avec une haute estime pourront se retrouver déstabilisées en cas de défaite.
En nous traitant avec gentillesse, nous sommes moins susceptibles de nous comparer aux autres, ce qui réduit les sentiments d’inadéquation. Cela contribue à une estime de soi plus stable, basée sur une acceptation authentique de qui nous sommes.

Meilleure gestion du stress
Lorsque nous montrons compatissants envers nous-mêmes, nous sommes mieux équipés pour gérer le stress. L’autocompassion nous aide à développer des stratégies d’adaptation plus saines et à prendre du recul, ce qui peut atténuer l’impact du stress sur notre corps et notre esprit.
Relations plus saines avec autrui
La compassion est synonyme de « souffrir avec », elle est donc par définition relationnelle. En développant notre relation intérieure avec nous-mêmes, nous sommes mieux placés pour créer des connexions authentiques avec les autres. L’autocompassion favorise l’empathie, ce qui nous permet de mieux comprendre et soutenir les autres dans leurs propres luttes. De plus, moins de jugement envers soi-même mène souvent à moins de jugement envers les autres, créant ainsi des interactions plus positives.

Conclusion
L’autocompassion semble être une approche qui peut sincèrement apporter davantage de paix et de sérénité dans le quotidien. Elle peut aider à s’apaiser soi-même et apaiser ses relations. Cette approche parait comme le chemin à emprunter pour apprendre à vivre plus sereinement avec soi-même et avec les autres. Cela peut avoir l’air difficile au début, mais avec la pratique, il devient de plus en plus évident d’être bienveillant au quotidien. Dans les prochains articles, je proposerai des exercices qui permettent de devenir peu à peu plus bienveillant envers soi-même/
Si vous avez aimé cet article ou que ce concept vous intéresse, dites-le moi en commentaire! Je serais heureuse de partager avec vous à ce sujet.
Références bibliographiques
- Germer, C.K. (2013). L’autocompassion : L’indulgence avec soi-même. Odile Jacob
- Neff, K. (2011). S’aimer. Comment se réconcilier avec soi-même. Belfond